Les 48H de Greg

Une nouvelle expérience de l'extrême raconté par notre ami Greg.Si vous le croisez sur une course n'hesitez pas à aller lui dire 2 mots et vous aimerez encore plus l'esprit qui règne sur ces épreuves du dimanche matin.

48 HEURES D’ANTIBES AVANT : Il reste une semaine avant de rejoindre les coureurs du 6 jours d’Antibes. Une semaine que je vais mettre à profit comme je peux…Comme toutes les premières j’ai toujours un peu d’appréhension, pas réellement du stress mais toujours ce sentiment, coincé entre l’excitation et l’inquiétude. Ca y est c’est Dimanche 6 juin, je regarde le suivi en live et j’y suis déjà. Quelques jours avant, je « désacralise » sur les conseils de Bixente Lizarazu. A chaque fois que l’on m’en parle ou que j’y pense ; une plaisanterie me vient, ça remet les choses à leur place. Avec trois 24 heures et quelques trails longs à mon actif, je me sens vraiment comme un débutant.PENDANT : Physiquement : J’ai eu quelques passages où courir n’était pas envisageable mais dans l’ensemble quand j’ai couru c’était plutôt facilement, avec les vitesses les plus élevées entre la 40eet la 48e heure, à la fin donc ! Faut dire que je suis parti bon dernier et en marchant le premier kilomètre (mon premier challenge). Après sur la notion d’objectif kilométrique, je suis heureux d’avoir dépasser 200 km mais surtout d’avoir peu perdu de vitesse le 2e jour, et surtout d’avoir fini avec panache sans trop piocher ! Mentalement : Je ne sais pas ce que j’étais venu chercher mais je l’ai trouvé. Depuis, je me sens prêt pour tailler de longues routes. Une sorte d’électro-choc c’est produit vers 40 heures de course quand j’ai pu courir à plus de 11 km/h, je me regarde courir et me dit c’est pas vrai c’est pas moi ! Depuis, je rêve de la Nove-Colli et à la mini-Mil’Kil pour l’année prochaine et je fantasme, j’imagine, je divague sur la Transe Gaule…Bref, un mental de guerrier mais tout en restant zen. Particulièrement pour ces 48 heures, j’ai compris qu’il faut se fixer de petits objectifs et surtout se faire des petits cadeaux dès quand on les atteints. Parmi mes cadeaux : douche, massage, « vraie » pause, coup de téléphone, photo… Au niveau digestif : J’ai fait une grosse erreur la première nuit car je me suis endormi, assis avec le haut du corps couché sur la table donc plié en deux. Résultat, 10 minutes plus tard, je me retrouve à quatre pattes la tête dans le gazon à me demander si mon estomac veut déjà me quitter. Boosté par Xavier, mon coach, je repars avec une démarche de zombie puis j’entreprend de traverser mon petit désert. Deux heures assez difficiles. Le reste du temps pas de souci, j’effectue un bon ravitaillement, très régulier, j’ai mangé du salé, dés le début, ce qui m’évitera l’allergie classique au sucre. Et je m’octroie plusieurs pauses « glace au citron » , le paradis quand il fait chaud ! L’organisation est vraiment au top ! Bon, à la vitesse ou je me traîne c’est plus facile d’avoir un bon confort digestif. Sommeil : Donc pour la première nuit, j’ai somnolé dix minutes pas terribles. Toutefois, il n’y a pas de souci dans la première journée. La deuxième nuit, je me suis dit : « dès que tu titubes à moins de 5 km/h, tu dors ». Résultat, je sens la fatigue venir vers 2 heures matin. Je me couche et dors parfaitement 20 minutes. Au réveil, je saute dans les baskets, je suis parfaitement reposé. Ah oui, je me suis offert une petite douche à 24 heures de course (mon cadeau à 2 tours d’horloge !) parce que comme disait mon capitaine « cela vaut 2 heures de sommeil ! »…il avait raison ! APRES : J’ai vraiment l’impression d’avoir vécu une compétition de haut niveau, en fait, il y avait du beau monde que ce soit sur 6 jours, 48 ou 24 heures. Des « personnages » simples mais uniquement des grands champions, au pedigree très impressionnant, et surtout des gens abordables et très sympas. Personne n’a la grosse tête et tu peux parler avec tout le monde tant que tu peux suivre le tempo de ton interlocuteur. En tous les cas, j’ai reçu une grande leçon d’humilité surtout grâce aux coureurs des 6 jours. Tu regardes leurs sourires, ils ont l’air illuminés ! et toi, tu peux plus te plaindre… Voilà plus de deux semaines maintenant que les 48 heures d’Antibes ont pris fin pour moi. La durée idéale pour digérer cet événement. Ce fut le point d’orgue d’une saison 2010, assez riche. C’est toujours le hasard qui amène sur ce type de course, le fait de vouloir gravir son Everest à soi. Il me faut garder un peu d’humilité mais je suis heureux de ma première marque. A coup sûr, c’est une course qui restera à jamais dans ma mémoire. Aujourd’hui, j’ai repris le chemin normal de ma vie. Elle me paraît un peu fade au rythme « trop normal » et j’ai encore la tête à Antibes. L’envie de courir est toujours présente malgré la fatigue mais sans courbatures importantes ou douleurs difficiles à supporter. Le manque de sommeil est toujours présent mais s’estompera bientôt. Je reprends l’entraînement avec un plaisir immense et une envie décupler par les bonnes sensations. Je vais faire attention car l’envie n’est pas tout mais je vais bien. Greg-heureux-de-tutoyer-le-bonheur

 

Les 6 jours d'Antibes

Téléthon 24H

Comme à chaque édition, les 24 heures du Pontet furent riches en émotion. Des rires et des larmes , des circadiens aguerris et d’autres en devenir : Sauf que cette année, il a fait froid, froid à vous percer la carapace du dur à cuire, du gars qui a tout vu, tout fait. Et comme je l’annonçai à mes camarades de jeu, ce devait être « Only for the Brave » et ce fut ! Il fallait une motivation de folie, une bonne gestion de l’allure, un aguerrissement au gel, une bonne alimentation et une aussi bonne hydratation. Il a fallu toute la chaleur des bénévoles pour que nous tenions jusqu‘au bout. Alors 24 réflexions, questions, aphorismes, pensées qui rythment ce défi.

1/ Rituel du départ : poignées de mains et sourires, préparation fébrile, on se mate, on se tate, allez on y va .
2/ Qui a touché le thermostat ?
3/ 3 heures du mat’ tiens il y a plus que nous Didier, c’est déjà fini ou ils sont tous morts ?
4/ T’as accélerer là ?
5/ Waou le look éboueur avec passe montagne, trois vestes et la goutte gelée au nez, trop canon !
6/ Ca fait quatre fois que je viens et bien c’est bon j’ai le compte !
7/ J’ai les bijoux de famille pris dans l’iceberg du Titanic.
8/ Une chose facile à avoir en décembre, c'est du sang-froid.
9/ Plus il fait froid, plus tu te recroquevilles.
10/ Oh la la , le mistral qui s’énerve il manquait plus que lui.
11/ Ca doit faire le cinquième sandwiche jambon cuit que j’avale, t’y crois !
12/ Et toi l’ultra trailer, pour une première expérience tu vas en avoir des souvenirs mais visiblement revenir l’année prochaine, j’y crois pas !
13/ Il veut pas se lever le jour, le soleil a du gelé sur la ligne d’horizon.
14/ En 2011, je retourne à Antibes et quand j’y pense j’ai un peu plus chaud.
15/ Le café, c’est pour qui ? Pour mes pieds mais ils peuvent pas rentrer dans la tasse.
16/ Courage mon CR est bientôt fini…
17/ Tous les cracks ont craqués, il reste plus que les détraqués !
18/ Yvon, une chanson !
19/ Vivement que les amis viennent partager quelques kilomètres.
20/ Tiens, un UFO juste là pour applaudir, sympa (c’est Esteban !)
21/ Dans trois heures, on finit et on pensera au prochain.
22/ Jamais plus…
23/ Yvon, on revient promis !
24/ Rituel du retour : bain chaud, deux petits morceaux de patate qui veulent m’étouffer, je vais me coucher tout habillé, je tremble comme un camé puis je me réveille à 3
h00 du mat en transpirant, je suis dans mon lit, je ne cours plus…rendors toi, rigolo.

A l’année prochaine…bisous et bonnes fêtes

Greg

Marathon de New-York 2009

newyorkExpérience inoubliable, vieux rêve de gamin, New York me faisait fantasmé depuis des années et elle le valait bien. Ce marathon mythique a une ambiance fabuleuse qui prend aux tripes et donne des frissons, tout ce que l'on a pu dire ou écrire à son sujet est vécu sur place, du plaisir en barres.Cela commence dés 5h du mat (pas de soucis avec le jet-lag) ultimes préparations et contrôles, puis le bus pour le départ vers le Verrazano Bridge et la longue attente de 3h40 sous une tente à la densité de population internationale pleine de ferveurs et d'impatiences. Je partage mon dos avec un Portoricain de 70 ans qui fait son premier marathon ( moi aussi d'ailleurs, j’avais toujours su qu'il serait le premier).L'heure approchant c'est le départ sous les applaudissements de la horde que les handisports s'élancent pour leur défi à la vie. FRISSONS. La ligne de départ enfin, la tension monte et le moindre prétexte est bon pour faire réagir la foule transie de froid qui tombe les frusques abandonnées au dernier moment. D’un coup le silence se fait et c'est l'hymne Américain chantée à capella enchainé par New York New York à donf...boudi..je sais plus pourquoi j'ai la chaire de poule! J’entends le gars a cote de moi qui se chuchote comme pour s'en persuader New York, merde il me file une terrible sensation, le dos se cambre, le torse qui se gonfle et je prends un plein bol d'air frais dans les poumons pour expirer tout mon plaisir. C’est bon de se nourrir de ça!Verrazano Bridge, cette image tant de fois vu...j'y suis!Le froid d'abord, les courants d'air du pont, le silence, juste le bruit de milliers de chaussures martelant la route, un rythme comme une cadence, un battement, reprendre ses esprits, se calmer voilà ce à quoi on pense dans ses premiers miles. C’est sans compter sur le public que l'on commence à voir clairsemée puis avec une densité plus forte. Et la musique, à certains endroits des groupes sont installés tous les 400m et croyez moi, ils ne jouent pas du blues. La traversée des Burroughs est un spectacle en soit, l’alternance de la ferveur et de l'indifférence, puis 4 fois plus de monde comme pour nous dire: c’est bon les gars on est à nouveau là, ne lâchez rien.Le plus fort moment pour moi aura été le passage du Queensboro bridge, à nouveau ce silence et ses bruits de chaussures et de souffles plus saccadés cette fois. A cet endroit ils nous mettent un panneau d'avertissement: Attention vous rentrez dans une zone HIGH ENERGY ?? La réponse ne se fait pas attendre, la foule énorme crie, encourage, exulte lorsque l'on réagi, il y a t il une overdose possible d'adrénaline?Central Park (tout ces noms sont gravés en moi depuis si longtemps) 2 miles encore...ca fait bien longtemps que j'ai oublié mon objectif de chrono, le séjour depuis mardi à puiser dans mes ressources de marathonien de façon excessive. Quelle importance? Ce n’est pas demain que je reviendrais et le marathon aura été à la hauteur de sa réputation. Bref, après un rapide calcul, je m'aperçois qu'il faut quand même que je me secoue pour finir sous les 4H.Le tableau final est magique, l’automne a donné ses belles couleurs aux arbres du parc, le public est déchainé, on me crie Go green boy (ce n’est pas ma tronche, c’est mon t-shirt qui est vert) j’accélère et passe la ligne en me touchant le cœur en 3H59'57''.Les New-Yorkais ont l’habitude de dire: If you can make it there, you’ll make it anywhere.

Ascension du Kilimandjaro

kilimandjaroJ’avais un RDV en Afrique , sur les pentes du Kilimandjaro en Tanzanie. Un de ces RDV que l’on ne peut fixer dans le temps et l’espace. Emotionnel. Comme l’écrit Eric Valli :
Parfois, je suis tellement pris par ce que je vois que j’en ai mal. L’espace d’un instant, je ne vis que par mes yeux. Je ne suis qu’un regard, œil gigantesque, béant, ouvert sur le monde, aimant et souffrant, lucide et captif à la fois. J’arrête de respirer. Je ne suis que vision. Et parfois, je suis tellement pris par ce que je vois que j’en ai mal, mal d’attendre le moment merveilleux que je sens naitre. Pangdjé levant vers son visage le morceau de glace qu’elle vient de casser de la fontaine, dont le regard s’illumine subitement d’un rayon lumineux du soleil levant. La rivière gonflée par les pluies de la mousson, grondant sous le frêle pont de bambou où s’est engagé mon porteur qui, suspendant sa traversée périlleuse, s’arrête un instant. Le coq se dressant sur son panier et qui, tout à coup, se tourne vers la femme qui le porte. Le rideau du Leica à chaque fois, s’est ouvert puis fermé. Le coq a tourné la tête puis s’est recouché dans son nid au milieu du panier. L’éclat du soleil s’est éteint. Le morceau de glace, tombé sur le sol, s’est brisé. Pangdjé qui, l’espace d’un instant, s’est émerveillée du mystère et de la beauté de la nature nés entre ses mains, a fait trois pas et ramassé son sac d’écolière. Le porteur a repris sa respiration, son courage, et continué sa traversée. Le pont de nouveau se balance sous son poids. Et moi, adossé au pilier de la maison ou contre ce rocher humide, à bout de souffle, les yeux brouillés, je suis comme assommé. Mon cœur bat fort et pèse lourd dans ma poitrine. Qu’ai je vu dans ces instants si brefs ? Une fillette qui ne fait qu’un avec l’univers. Des moments de grâce où l’homme et la nature, dans une combinaison alchimique rarissime, m’ont laissé entrevoir, transcendant les barrières qui, d’ordinaire, les séparent, le mystère d’une extraordinaire harmonie. Moments de vie pure, si douloureusement présente qu’il me semble, derrière, percer un ultime secret. Je suis exténué et tache de cacher mon émotion.
Il me faut rejoindre la Tanzanie par la route depuis le Kenya, ou plutôt par la piste, la route étant découpé en tronçon en voie de réaménagement. Le passage de l’hiver à la chaleur suffocante de l’Afrique est un peu rude. Heureusement ? la transpiration est vite absorbée par la poussière de la piste soulevée par les camions que l’on croise lancé dans une course que l’on a du mal à comprendre ici, ils nous rendent aveugle durant quelques secondes où notre chauffeur préfère freiner. La route est toujours un terrain d’extase où les yeux se livrent à une gymnastique, accroché par les scènes de vie, les paysages, les bêtes, au bout de quelques heures j’ai l’impression d’entrer en transe, à moitié somnolent, même la musique de mon MP3 se met en harmonie avec mes pensées. C’est alors que je découvre la Tanzanie, collines parsemées d’Acacia, ces arbres, magnifiques exemple d’adaptation, ont développé de terribles épines pour repousser l’appétit féroce des herbivores, réduit leur feuillage à de fines feuilles pour limiter leur évaporation compensant ce manque par une large frondaison en parasol. Cet arbre si solitaire, si défensif, est devenu source de vie par son ombrage protecteur d’un soleil implacable . Il n’est pas rare d’y voir un jeune berger vêtu d’étoffe écarlate, peau d’ébène , sourire jusqu’aux oreilles, gardant sa seule richesse, son troupeau de chèvres, délestant le poids de leur corps grâce au Fimbo bâton compagnon de tout Massai, étrange posture, éducation spéciale, si loin de nos valeurs. Euphorbe géantes nichés dans un petit vallon pompant le mince filet d’eau, Agaves coupant la ligne d’horizon de leur hampe florale, termitières…La traversée des villages est un moment fort, il ne s’agit parfois que de quelques cases traditionnelles installées un peu en retrait de la route, couleur de la terre locale, très peu d’ouvertures, entourés d’une barrière d’épineux, ou de marchés improvisés (tout à l’air si intemporelle) lieu de rencontres, d’échanges et de palabres. Certains stands ont l’air de grossistes, pour d’autres on voit bien qu’il ne s’agit que de quelques oignons sauvages glanés dans la prairie. Il faut contempler ses étendues vallonnées où l’herbe se dessèche plus vite qu’elle ne brule. Oh que le prélude était beau…cette Afrique là est belle, pleine de couleurs, étouffante de chaleur, irrespirable par sa poussière, riche de sa rudesse, saturé d’odeurs, une de ces terres où pour beaucoup il n’est pas question d’y vivre mais d’y survivre et où l’homme peut y exprimer ses plus grandes qualités et aussi ses plus grands défauts.
Notre ascension doit se faire en 6 jours par la voie Machame, le départ se situe à 1500m, nous avons 4 petites journée de marche pour nous trouver sur la rampe de lancement finale avec un allumage prévue à 00H00 on the dot, objectif 5895m. Notre groupe est constitué de 10 personnes pour cela notre équipe est de 31 personnes !? 1 guide, 1 assistant , 2 traducteurs, 1 cuistot, 1 assistant, 25 porteurs (dont la charge est limité à 20Kg) rien que ça .Premières heures de marche dans une foret de Podocarpus, caoutchoutiers et fougères arborescentes. J’apprends mes premiers mots de Swahili avec les porteurs ça les fait bien rire et moi aussi, le temps passe vite et le dialogue même très hachuré, ponctué de silences est sympa. Je trouve que leur chargement est mal équilibré, le poids porte sur un côté plus que l’autre, leur sangle se limite à des cordelettes, tout doit être transporté à dos d’hommes : eau, nourriture, table, chaises, WC ? ils transpirent à grosses gouttes mais montent d’un bon pas. Leurs habits sont de bric et de broc certainement donnés par des touristes, leurs chaussures sont encore plus étonnantes , certaines tiennent grâce à des ficelles passées sous la semelle (du moment qu’elles ne sont pas petites tout est bon). Je suis surpris du monde qu’il y a sur le chemin, notre groupe est donc de 40 personnes mais si on multiplie ça par le nombre d’agences cela représente peut être 500 départs quotidiens à la même heure sur le même camp, sur le même chemin ! J’ai l’impression de me trouver sur un Trail le dimanche matin, il faut toujours garder une oreille attentive car les porteurs vont plus vite que nous et nous dépassent parfois avec les piquets de tente qui dépassent de 1 m d’un coté. Où est la tranquillité de la montagne ? Nous sommes sur les pentes du toit de l’Afrique, rançon du succès ? Il va falloir faire avec…Les 3 premiers jours sont des jours d’approche et d’acclimatation, 1 nuit à 3000m sans problèmes mais les 2 nuits suivantes à 3800m me causent de l’insomnie, je me réveille à 23H dans un état de fraicheur du petit jour, il faut tuer 7H à somnoler, tourner, écouter de la musique, une nuit peut-être longue c’est fou ! Les latrines locales sont une grande leçon d’abstraction mais avec vue sur un panorama splendide, le tout est d’annihiler certains sens. Il ne faut pas pollué la nature…
Nous voilà à Barafu, campement provisoire à 4600m pour partir dans l’ascension finale à minuit, il faut essayer de dormir ( encore ?) pour la longue journée qui nous attend demain. Nous sommes sur une arrête rocheuse, les emplacements de tente sont chères, la densité importante, les trekkeurs redescendent du sommet qu’ils ont atteint ? Normalement il faut 6H30 dans un bon timing pour arriver avec le lever de soleil à Uhuru peak . Il est 18H , le spectacle du soleil couchant se prépare, la montagne , l’altitude, les nuages , la lune, le paysage, les acteurs sont là, il flotte dans l’air ce quelque chose d’indéfinissable. L’attente joue son rôle aussi, un voyage est toujours constitué de longues heures de patience, je suis persuadé que ces heures d’ennui me mène dans un état de perception plus fin, plus sensible, cela permet de me débarrasser de nombreuses interférences pour s’ouvrir à l’instant présent, vivre plus intensément, ressentir…2 anglais viennent d’arriver du sommet, 18H30 ! ils ont encore 1500m à descendre normalement ? Leur Team les accueillent en criant, et se mettent rapidement à chanter, il y a une vingtaine de personnes, spontanément ils se mettent sur la crête, s’organise , derrière eux le Mt Méru à pris feu, face à eux la pleine lune brille comme un miroir, sous leurs pieds une mer de nuage cotonneux, tout autour d’eux un ciel d’une pureté d’altitude prend une teinte de technicolor. Leur chant est superbe, l’un d’eux donne le refrain les autres reprennent en chœur, je suis captivé, je m’assois sur un bout de rocher, nous sommes 5 spectateurs au plus, il y a de la joie, un esprit de groupe, la conscience d’être témoin d’une cérémonie mainte fois répété mais dans des conditions rares où chaque élément à sa place. J’ai vécu ça pleinement, j’ai reçu ce trésor rare, un beau cadeau. Je suis content d’être heureux^^.
Après une collation notre colonne prend forme et se met en marche, le big Boss discret jusqu’à présent(occupé à ses taches) prend la tête, un pied devant l’autre et pas plus, je ne peut aller plus doucement, je me dis que de toute façon il faut arriver au sommet à l’aube et il doit connaître le bon tempo. Je l’observe marcher, la combinaison entre la force et la lenteur, l’assurance que son pied à les bons appuis, aucunes difficultés, aucunes hésitations, œil de chat sans frontales, il faut dire que la lune qui m’a déjà offert un beau cadeau tient à nous gratifier de son plus bel halo aussi j’éteins ma frontale et profite de sa lumière. Avec un compagnon et l’assistant guide nous avons eu notre ticket de sortie, nous marchons maintenant à un rythme mieux adapté sans faire de folies. Au plus nous nous élevons, au plus je ressens le froid accentué par le vent, je suis passé plusieurs fois au-dessus de 5000m mais jamais aussi prés des 6000m, je suis curieux de savoir comment mon organisme réagit. Après 2h de marche le collègue à de réels problèmes de progression régulière à chacune de ses poses le vent me griffe plus profondément, il me devient plus pénible de stopper que de continuer, à ma deuxième demande le guide accepte que je rattrape un groupe qui est un peu plus haut…ouf ! Voilà ma réponse, chaque changement de rythme brutal demande un tribut, je ressens une oppression à la poitrine, le palpitant se fait entendre jusqu’à Arusha (mais rien d’inquiétant, je suis tellement à l’écoute que j’imagine plus que de raisons) mon buff est trempé par la condensation de mon souffle et il gèle je suis obligé de le tourner sans arrêt. Le groupe rejoint, je m’aperçois qu’ils ne sont pas bien frais, certains vomissent, d’autres ont des maux de tête…en voyant ça je me dis que je vais très bien , je n’ai plus froid et la lumière du jour commence à colorer l’horizon, le cratère n’est plus loin. 5700m, m’y voilà plus de difficultés maintenant il suffit de suivre la piste durant 1h pour atteindre Uhuru peak, le toit de l’Afrique. Je pars seul à un bon pas…10mn et je me mets à tituber comme si j’étais ivre, faut que je me pose, non il fait trop froid, je ralentis, où est cette pancarte stupide qui sert au touriste que je suis à prendre une photo ? Là, batterie voyant rouge, m’en tape, hors de questions d’enlever mes 2 paires de gants superposé, file d’attente pour photo ? Merde! Pardon, oups, oui je peux vous prendre une photo, sorry , c’est mon tour là non ? Où suis-je ? une demi-heure plus tard je dévale en grandes foulées un pierrier de 700m rêve de tout coureur montagnard, oh le beau rocher…chute, pause finalement…enfin de l’oxygène, du calme, le doux rayon de soleil (qu’il est bon celui là). Ce dont je me souviens du sommet ? L’envie de redescendre le plus vite possible, une photo devant la Joconde, des jambes grelottantes, un glacier reflétant la teinte de l’aurore et une palpitation spéciale pour ma pompe à émotions ainsi qu’un amour immodéré pour le moindre rayon de soleil. Ca me va !
Ensuite tout perd son sens ,tout le monde parle de la douche, du bon repas, du lit de l’hôtel, tout est fini, c’est fait, ca n’existe plus, oh j’en parlerais à mon retour aux curieux à ceux auprès de qui je veux me faire valoir …superficiel, orgueil, flagornerie. Un voyage ce n’est pas ça, le sens est impossible à faire partager c’est quelque chose de trop fort, d’intérieur, quelque chose qui fait vibrer, qui fait serrer les dents, une bourrasque de liberté qui fait briller les yeux, une chanson qui incendie le ciel, une plante dans un univers minéral, une poignée de main là où le dialogue n’existe plus, un repas de fruits exotique acheté au marché, des heures d’attente, encore, et des paysages qui défilent sous les yeux comme un film. Quelque chose que l’on a assimilé, qui fait partie de soi.

Marathon des Sables

MDSEpreuve à part dans le monde de l’ultra, le Marathon des Sables 2009,éveil dans mon imaginaire du désert, l’épopée de l’aéropostale, St Exupery, les caravanes de sel, les razzia et la fierté des hommes bleus. Aujourd'hui ce sont des pelotons de fondus de l’ultra qui courent en une semaine plus de 200Km en autonomie alimentaire, l’esprit ouvert à l’aventure.

La préparation doit être méticuleuse, tant au niveau mental, physique que matériel. Les conseils d’anciens sont précieux sur de minuscules détails qui une fois sur place prennent une ampleur démesurée. Pour moi, le plus important reste la passion, l’aventure humaine. Il y a autant de désirs, de questionnements, d’attentes, qu’il y a de concurrents. Egocentrique, clochards célestes, charité, générosité…la liste des motivations est longue.
Il a fallut du cœur à Patrick Bauer, Directeur de course, et à son équipe pour réorganiser au jour le jour un travail de plusieurs semaines détruit en 48h par des orages diluviens sur le parcours. Cet homme là à de l’expérience et connaît la mentalité de la troupe de lascars qu’il guide dans le désert, il connaît la valeur de notre préparation, les sacrifices familiaux, financiers, il sait que nous ne sommes pas là pour dormir dans des hôtels 4* et si l’aventure s’avère indécise nous la préférons 100 fois au retour dans nos foyers le ventre bien rempli et un bronzage de bords de piscines. On vous a fait confiance, on vous a donné carte blanche, on a mis au fond de notre sac le superbe Road book périmé et que vive la course Hors Stade…Inch’Allah.
Le bivouac est un village où la vie foisonne dans la passion de l’effort, c’est un concentré de valeurs humaines, j’ai eu le plaisir de partager la tente d’un ami et du père d’une petite fille atteinte d’une maladie orpheline, ils couraient pour faire connaître leur combat, le combat, la fraicheur, la bonne humeur n’a jamais quitté notre tente malgré les difficultés de la semaine, leur complicité, leurs plaisanteries ont honoré le soleil du prénom de Chloé. La tente voisine était occupée par une équipe de Pompiers de Paris regroupé dans l’association Pompier Raid Aventure dont leur but est d’emmener avec eux des enfants atteints de maladie, vivre une semaine exceptionnelle. Alors, eux, ils m’en ont foutu plein la vue, ils ont du suer sang et eau pour franchir tous ces Km, les obstacles de sables et de pierres, en tirant et poussant une Joelettte mais ils arrivaient toujours soudés avec un moral en acier trempé et humilité .Belle leçon d’une bien jolie valeur.

L’humilité ne consiste pas à se considérer inférieur mais à être affranchi de l’importance de soi. C’est un état de simplicité naturelle qui est en harmonie avec notre nature véritable et permet de gouter la valeur de l’instant present. C’est une façon d’être et non de paraître

Messieurs, je vous dis Bravo et Merci, je n’ose même pas parlé de l’exploit sportif car c’est grâce à des actions comme celle là et à des gars comme vous que le sport à, parfois, des lettres de noblesse.
Ce qu’il y a de merveilleux, de magique, c’est que des histoires comme celle là il y en a plein, petite ou grande, nous avons tous notre victoire sur nous même, car nous avons tous traversé de grands moments de solitudes, de fatigues extrêmes, de découragements, de lassitudes, d’impossibilité d’avaler quoique ce soit liquide ou solide, des pieds douloureux et gonflés(tels des Hobbits), d’égarements dans la nuit à la recherche de le faible lueur du bâtonnet lumineux accroché dans le dos du gars aussi paumé que nous qui nous précède. Mais dans ces instants, aussi longs soient- ils, quelque part dans un fond de lucidité, on sait que c’est le prix à payer pour voir sur ces visages, dans ces yeux cernés, brillé une faible lueur, trace de notre inconscient qui brillera de mille feux au souvenir de ces mots d’encouragements échangés avec le gars que l’on a fini par rattrapé, par cette pause pour souffler un peu où l’on lève la tête et vu brillé ce ciel constellé d’étoiles dans un silence absolu, de cette petite Gerboise figée par ma frontale, rencontre incongru avec la bestiole qui a inspiré Didl, les tapes dans les mains des enfants Marocains, les sourires des bénévoles toujours disponibles pour un mot gentil et ce magnifique concert de l’orchestre philarmonique de Paris, Moment d’éternité… . Ce sont ces petits trésors éphémères que l’on vient chercher dans le désert et comme le dit Nicolas Bouvier

Et finalement, tous ces Km, ces nuits froides à dormir sur des cailloux, à manger des plats déshydrater passent trop rapidement, le corps s’est adapté, les muscles ont oublié les courbatures du premier jour, la solidarité et l’amitié sont devenues complices, nous avons pris le rythme mais c’est déjà fini. La joie, les victoires personnelles, les réponses sont arrivées, du premier au dernier nous avons dépassé nos limites et vécu une aventure humaine exceptionnelle et unique car chaque édition est différente.

Merci M. Bauer, merci à toute votre équipe, aux bénévoles, à mes compagnons de tente avec qui j’ai une histoire en commun (nous nous retrouverons sur la route…), merci pour la beauté épurée des paysages, merci pour toutes ces belles choses enfouies au fond de nos souvenirs qui font ce que l’on est.