Téléthon 2011

telethonGreg Scotta nous fait partager les 24H d'un coureur d'Ultra à travers ses sensations, ses émotions, ses rencontres...Un univers !
Pas de vrai entraînement, pas de stress, pas de buts inatteignables, pas d’ego, juste du jeu, du plaisir et des sourires. Les jours avant une course ne devraient être que faits pour se reposer, beaucoup boire d’eau et bien manger. Mais il en est toujours autrement pour ceux que le travail occupe pleinement. La semaine avant Le Pontet fut mouvementée car les chantiers se succédèrent et un aller-retour à Marseille avec plus de 3 heures dans une salle d’attente ne m’a pas permis de préparer ce défi, aussi bien que je l’aurai voulu. Bref, halte aux complaintes et aux gémissements, et délivrons içi le récit de ce défi.

Bien placé sur la ligne de départ, je démarre en sprint sur une centaine de mètres pour échapper au gros du peloton, préférant les voir me rattraper rapidement mais un à un plutôt que « emporter par la foule ». Les premiers tours, je me fait copieusement doublé par les missiles sol-sol qui ont décidé de frapper un grand coup dès le départ. Il fait déjà nuit et la température clémente incite au voyage. Je cours à un rythme de métronome, oscillant entre 8 minutes et 8 minutes et 10 secondes par tour, j’alterne une course assez lente avec une centaine de mètres marchée. En fait, les pointeurs et les ravitailleurs ne verront qu’un Greg marchant avec décontraction et marquant chaque tour d’un arrêt au stand. Je suis régulier et traverse la nuit comme voguant sur une mer calme. Après 8 heures de course, vers 2 heures du matin, on se sent un peu plus seul et de grandes lignes droites sans coureur s’offre alors à moi. Je profite pleinement de ces moments de solitude, juste brisés par la traversée du boulodrome et son animation permanente mais feutrée qui laisse les dormeurs dormir. C’est peu après le défilé des têtes bouffies pleines de sommeil, des yeux gonflés par la fatigue, des gestes plus lourds et des pas mal assurés. La reprise est dure pour certains. Mon regard ne se pose quasiment jamais sur la feuille de marque, je reste juste obsédé par mon confort de course et je suis tout entier absorbé par le fait de courir le plus longtemps possible. J’ai pleinement réussi deux 24 heures sur les 6 effectués et ils sont réussis car j’ai pu courir tout du long sans marcher plus d’un kilomètre d’un coup. Là encore, la marche fut soit digestive, soit située après le massage du kiné ou de mise pour discuter avec un coureur devenu marcheur. Je sais qu’à ce rythme je ne battrai pas ma meilleure performance mais le simple fait d’être à l’aise et de courir sans douleur remplit mon objectif. Je suis bien, je ne manque de rien et je profite de la facilité de ma course. Il me semble flotter au dessus du sol, affichant un sourire niais…jusqu’à 7 heures et quart du matin.

Oui, parce que là j’accuse le coup et passe une petite heure à jouer au zombie. Il m’arrive même de m’endormir quelques secondes en courant et je fini par aller m’asseoir vers les 8 heures. Je plonge mon visage dans mes mains et m’endors deux minutes. L’odeur du café me réveille, elle est agréable et me tire doucement de ma léthargie. Il reste dix heures de course et je n’ai aucune lassitude. Au contraire, j’aimerai allonger les heures qu’il me reste comme un élastique. Les premiers relayeurs diurnes arrivent, ils sentent bon la lessive, ils ont l’air réveillés et heureux. Ils doivent se dire que « vraiment » on se traîne ! et bien c’est un peu vrai, notamment avec le nombre d’ex-coureurs qui se sont mis à marcher ces dernières heures. Moi, je cours et toujours dans les mêmes temps de passage, bien que les pauses soient un peu plus fréquentes. En effet, il me faut m’arrêter plus régulièrement pour garder la même vitesse. En fait, vu que je ne suis pas un bon marcheur (à travailler à l’entraînement) je préfère m’en tenir à ma zone marchée du départ. Cette alternance, que je garderai jusqu’à la fin, me permet d’être frais et disponible lorsque midi sonne au clocher du Pontet. Le soleil nous aide un peu et nous motive de son mieux. Il reste 6 heures et atteindre 160 km me semble alors irréalisable.

Vers 14 heures, un second souffle m’embarque vers l’avant et je reste un des rares à courir. Je vais alors faire 40 kilomètres et ce, malgré plusieurs pauses. Enfin, la dernière demi-heure, celle où je ne marcherai plus du tout et où j’accélèrerai régulièrement et sans à coup, pour finir à presque 13 km/h, doublant les 3 premiers à plusieurs reprises. Les voyants sont au vert. Je suis transporté par la joie de courir tranquillement et de voir ma femme et mes filles présentes pour le final. A quatre minutes de la fin, je demande ma marque et elle est la même que celle de l’année dernière. Bon plan, je suis juste heureux et tout ce qui arrive est OK ! Alors je m’arrête là ; juste parce que c’est beau de vieillir et de garder le même kilométrage. J’embrasse mes anges et mes amis et je rassure Yvon (l’organisateur) on sera bien là en 2012 !