Diagonale des fous 2008

diago

Heureux et épuisé, 30 H après je ne fais toujours pas la distinction entre ces 2 états tellement ils sont indissociables au delà du sport c est une aventure humaine qui m’attirait dans ce défi: 150 Km +9200 2200 partants. Par 2 fois déjà mes pas s étaient arrêtés sur les chemins de l UTMB, fatigue physique, fatigue moral, pluie, bobos...la liste pourrait être longue à dresser, mais je voulais dépasser ca. Me prouver que j’en étais capable (ah! La nature humaine).
Vivre n’est ce pas en fait la recherche de sensations, d’émotions, de dépassement physique, de rencontres, découvrir la beauté de la nature ? Se sentir meilleur et grandi d’avoir accompli ce que l’on désirai. Ne dis t’on pas de ces aventuriers de l’extrême qu’ils explorent les limites de notre fragile liberté? Cela est valable, je pense, à tous les niveaux que ce soit un premier 10 Km ou la Diagonale des fous ou tout autres passions.
Ce que nous recherchons de façon universel que ce soit en sport ou avec une passion ,c est une victoire sur nous même et là où ça devient plus grand encore est que ce défi perso, cet acte egocentrique, cette recherche de soi n’aurait pu avoir de fin heureuse sans une chaine d’amitié, de solidarité, de pensées de la famille et d’amis. Je ne peux vous raconter ca sans vous remercier mille fois et la plus belle récompense c est vous. Les messages, vos appels en pleine nuit me surprenant à une allure folle en pleine côte (non ce n’est pas ma vitesse mais mon palpitant) m’ont touche droit au cœur (l’épuisement physique met les émotions à fleur de peau).C est à ca qu’on s accroche dans la nuit noire à 2Km/h seul sans bruit autre que les battements de mon cœur et ma respiration. Pour vous j’ai continué d’avancer! Grâce à vous je suis allé au but ! J’ai survécu comme la coutume le dit.
Vous racontez les moments forts de ces 49 H? Beaucoup reste vague comme dans un état second ou la seule chose qui compte c’est de continuer à avancer, à ne pas penser à ce qu’il y a devant, oublié le chrono, oublié ce gros coup de moins bien qui finira bien par passer, s’accrocher à des pensées positives, à vous tous, aux raisons qui m’ont amené là à ces heures d’entrainement (il n y en a pas eu assez vu la perf!)Aux séances de muscu (si si!)En salle avec de la poum-poum tiac plein les oreilles, à l’obligation d’arrêter d’avaler des pots de crème glacée (ca c’était dur j’ai eu des faiblesses).
Il y aussi dans cette longue journée une grosse part de plaisir, il faut quand même le souligner, ce truc qui nous plait tant et qui nous pousse à continuer. Cet état de bien être, endorphine quand tu nous tiens, mais elle n’explique pas tout! Il faut autre chose, il faut aussi un rayon de soleil à l’aube, une légère brume créant une lumière pleine de contraste, une odeur de nature qui s’éveille, les premiers chants d’oiseaux et avec un peu d’imaginations réveiller la part de poésie qui sommeille en chacun de nous. Et là je me trouve sur un site grandiose, la plaine des sables, à 2300 m à me dire: ca va être dur mais qu’est ce que c’est beau et fort…
Remercier tous ces compagnons de route auquel j’ai emboité le pas, échange quelques mots sans voir parfois leur visage.
Saluer tous ces bénévoles à l’accueil si chaleureux et enthousiaste nous encourageant par nos prénoms et nous gratifiant de félicitations et d’encouragements.
Rire d’entendre le ton chantant du créole, comme ce gars perdu en nature chantant à tue tête que l’on est formidable en tapant sur une grosse poubelle à roulette.
Sourire de plaisir à ce poste surprise dans la montée du taibit ou l’on nous sert une infusion chaude(c’est fou comme les choses simples peuvent faire plaisir).
Après 2h de sommeil profond sur une dalle béton avec un carton dessous et couverture de survie dessus se réveiller à Mafate! C’ est un autre monde un univers caché, sauvage.Ca fait appel à notre imaginaire d’enfant dans ces livres d’aventures ou après avoir traversé une nuit sombre et sans fin on découvre une vallée de merveilles.
Chaleur de retrouver ses amis dans un havre de repos m’attendant avec patience pour finalement voir arriver un zombie à l’esprit embrouiller de fatigue. Magie de ce contact qui redonne fraicheur et moral.
Chemin de calvaire enfin pour terminer. Est-il possible d’expliquer comment on peut mettre autant de temps pour descendre ces derniers Km? Là aussi il faut plusieurs ingrédients, déjà 45h d’effort +une nuit noire de chez Mr Ténèbres + un bon brouillard (existe t’il des frontales anti brouillard?)et un sol boueux ou le faux pas n’est pas permis vu les bas coté. Pour se raccrocher? Un sens de l’équilibre que je n ai jamais eu, des branches de goyavier servant de corde pour descendre des toboggans de boue.
La délivrance enfin, les amis toujours là, patient, aussi heureux que moi, merci encore de votre aide, de votre motivation, cette médaille elle est pour vous, elle vous revient de droit.
Moi j’ai tout le reste et c’est énorme!