TRANSGRANCANARIA 83 KM

Je marche sur la ligne verte de la vie. Courir à 7h du matin au bord de l'océan atlantique sur une plage de sable infinie , le vent ,les nuages, les rayons de soleil qui percent et viennent éclairer Jonathan le goéland qui joue sur les vagues. J'entends la musique de Neil Diamond. Un autre morceau dans la playlist de ma calebasse celle de JJ Goldman << Le Coureur>> mais je n'ai pas le niveau pour rentrer le soir quand les vagues auront renoncées à mon défi . Ah c'est le pied! l'environnement, la lumière, mon palpitant vibre bien et ce n'est pas dû qu'au footing. Je crois que l'on parle d'un rayon vert extrêmement rare sur l'océan ? Voilà l'espace et la liberté faire partie des éléments s'y fondre , ne pas s'imposer.

J'en arrive au Trail, ce sport est un condensé de voyages, d'aventures, de rencontres, d'exploration et surtout d'émotions. Il permet en quelques heures, parfois un peu plus, de nous échapper de la société de consommation, de nos vies surbookee, de nous trouver face à nous-mêmes,pas de triches, pas de fausses apparences, Ce qui compte ce n'est pas d'aller à l'épuisement, on ne vas pas chercher la souffrance, la vraie on ne l'a choisie pas . C'est plutôt d'aller dans notre coin le plus reculé, celui qu'on ne connaît pas encore mais qui fait ce que nous sommes et permet de mieux se connaître,d'être plus fort alors que nous sommes si faible. Le Sanskrit a mis un nom sur cet état <<Kundalini >> (énergie s'enroulant autour de la colonne vertébrale,la puissance véritable qui est emmagasinée en chaque être, la mère du bonheur universel, si nous savons seulement nous en approcher)c'est tout un monde qui demanderait beaucoup plus d'explications, mais c'est pas le sujet.

Ce qui compte c'est de croire en soi, la seule qualité que je me reconnaisse dans le sport c'est l'endurance, c'est cette confiance qui me permet de me présenter à la Transgrancanaria de 83 km pour 4300D+, alors que la raison aurait dû m'incitait au contraire. Mais cette endurance qui fait ma force est certainement ridicule par rapport à une grande partie du peloton. Peu importe puisque j'y crois...

Hé ! Vous savez que le code couleur du dossard du 83km est vert! Ce dossard est magnifique, c'est pas possible que je ne termine pas la course si je veux pouvoir le garder . Le bus part à 4h du matin...longue ou courte nuit? J'ai une grande facilité à m'endormir généralement il suffit que je m'allonge. Paraît que c'est précieux, mais pas de suite, ce soir , je gamberge. St Exupery parlait de ces nuits d'attente dans un silence absolue perdu dans le désert, il les peuplait de son imagination magnifique , de tribus nomades en rébellion faisant des razzia, de myriades d'étoiles et de petites histoires humaines, profondément humaine. Certains livres, certaines pensées nous rendent meilleurs ou plus fort aussi, je me projette, je rêve, je m'enflamme, je me sens prêt. Montrez moi un levée de soleil dans les montagnes d'une île volcanique perdue dans l'océan atlantique, ce soir je le verrais se coucher sur l'horizon des vagues ,allez en route il y a du chemin... Je suis tellement juste dans mes préparatifs que je suis vraiment juste, 4h05 du matin je sors de mon appart c'est pas loin...je vois 2 bus rouge passés, j'y serais mais pas questions de courir. Oups les 2 bus rouge sont pleins, nous sommes une dizaine en rab, un autre bus doit arriver...pour les retardataires! Il est vert , fais pour moi ou quoi? ah cette ambiance, certains visages sont fermés, d'autres, en groupe rigole, une heure à patienter, je m'assois, il fait frais. Je suis étonné de voir beaucoup de boue sur les coureurs du 120 km. Nous partons sur un fond sonore ACDC, la libération, pas longtemps, le premier kilomètre est un gros bouchon, nous sommes immédiatement sur un monotrace évidemment ça passe pas! Puis, une section de route descendante, le relatif silence se transforme en un peloton martelant le sol,roulement de tambour fait d'énergie, ce bruit me donne des frissons j'adore ça. La première partie de 14km à un profil facile mais en faite on fait 500m D+ , tout est humide je ne m'attendais pas à ça.La course commence ici, le gros du dénivelé mais je me sens bien et je me connais, je suis conscient de mon entraînement et à l'écoute de mon corps. A un moment nous avons basculé dans un autre climat, de l'humidité nous sommes passés à des forêts de pin des Canaries ( espèce endémique) aux longues aiguilles, le paysage est parsemé de blocs de roche rouge, c'est beau. Voilà notre cadeau, nous apercevons à travers ce paysage magnifique une longue vallée, puis l'océan et comme flottant dessus le Teide, pic culminant de l'Espagne à 3718m avec ses neiges éternelles sur l'île de Tenerife. C'est splendide, panorama magique dans un décor de végétal et minéral , parfois ( assez souvent en fait) la nature crée des chef-d'œuvre . Nous n'avons plus ce contact avec la terre, avec les éléments,les odeurs, nous ne prenons plus le temps de les ressentir. Vous est il déjà arriver après plusieurs jours passés en montagne de ressentir vos sens s'éveiller ? D'être plus sensible? De remarquer la végétation, des animaux qui étaient là dès le premier jour mais invisibles à nos yeux ! Le Wilderness ( pour un mot Anglophone je trouve qu'il représente bien ce concept de nature sauvage).est un espace de vie, un révélateur, un éducateur violent et sans pitié envers nos faiblesses et parfois en de rares occasions nous procure une grande exaltation par la grâce d'un simple détail, un jeu de lumière, une fleur, une odeur qui nous fait sentir épanouie, en harmonie avec l'univers ou simplement présent. C'est ce présent qui compte dans notre course, être là,concentré ,vide ou ressentir...on dit que les jardins Zen sont fait dans ce but , que le bruissement du gravillon sous nos pas, que la planche de bois recouverte de mousse glissante ,que la porte trop basse ...que tout est réalisé pour qu'on soit là . Apprécier, un mot que j'aime bien. Bientôt j'irais au Japon , le comté de Nara au printemps pour la floraison des Cerisiers,la beauté et l'éphémère mais c'est un autre voyage. Bon moi je vais commencer à moins admirer et à peiner car devant moi c'est la descente, une autre affaire. C'est raide et caillouteux, très raide et impossible ( pour moi) de courir, mes pieds commencent à brûler, chaque appui est sensible, on dit qu'il faut voler au dessus, être léger, des qualités que je n'ai pas et je le paie au prix fort, au vu de l'état de mes pieds le soir. Mais je sais déjà que j'en viendrais à bout, dans ma tête plus de doutes je suis prêt à marcher des heures à serrer les dents ,à me faire doubler , je ne fais pas la course contre les autres mais seulement contre moi.

Je tape la discute avec quelques compagnons, mais j'ai du mal à suivre le rythme il est hors de questions d'en changer, tant pis j'avancerai tout seul. Les derniers kilomètres ont l'air facile sur le papier mais à ce moment-là rien n'est donné , les organisateurs nous font passer par des lits de rivières asséché, un enfer de galets roulant sous nos pieds faute d'un torrent de montagne, j'ai la haine ! Franchir cette ligne d'arrivée, merde je l'ai fait? Comment ça se fait qu'elle n'est pas verte ?C'était pourtant très loin d'être dit d'avance, où sont les pom-pom girls ?la fanfare? Il n'y a personne? Personne ne vois ce que je ressens? L'épuisement total, la lassitude, les douleurs de chaque pas...Ah oui j'oubliais que je ne suis pas le centre du monde, pourtant malgré cette profonde fatigue, je me sens pas peu fier , le job est fait , c'est toujours bon de réaliser ce qu'on s'est fixé. demain après une bonne nuit de sommeil j'irais dans le SPA d'un palace pour un massage Suédois puis me prélasser dans des bains d'eau glacée et si je trouve un thé matcha je m'en sniferai une ligne verte...