Courir

ZATOPEKCourir de Jean Echenoz

S'il était besoin d'un exemple pour démontrer ce qu'est la littérature, ce qu'est la force du style, ce court livre d'Echenoz pourrait être cité. 

L'histoire est somme toute assez simple, presque banale et pour beaucoup d'entre nous, les plus vieux, déjà connue. Mais il suffit qu'un écrivain s'en empare, en fasse un roman, et voilà, que la magie opère. Voilà que l'on plonge dans ce récit avec délectation, que l'on se plaît à suivre avec enchantement les courses, les succès, les échecs, la gloire et l'oubli, la vie d'un grand sportif.
Bien sûr, on pourrait s'interroger sur ce qu'Echenoz a voulu démontrer, sur le message, la métaphore derrière autant de simplicité apparente. On pourrait y voir par exemple une formidable et subtile allégorie de la liberté. Ou bien on peut aussi tout simplement apprécier ce livre comme une histoire magnifiquement contée et se laisser bercer par le récit et l'imaginaire qu'il déclenche.

Extrait : "Il y a des coureurs qui ont l'air de voler, d'autres qui ont l'air de danser, d'autres paraissent défiler, certains semblent avancer comme assis sur leurs jambes. Il y en a qui ont juste l'air d'aller le lus vite possible là où on vient de les appeler. Emile, rien de tout cela.
Emile on dirait qu'il creuse ou qu'il se creuse, comme en transe ou comme un terrassier. Loin des canons académiques et de tout souci d'élégance, Emile progresse de façon lourde, heurtée, torturée, tout en à coups. Il ne cache pas la violence de son effort qui se lit sur son visage crispé, tétanisé, grimaçant, continûment tordu par un rictus pénible à voir. [...]"